Apprendre à remercier
Une discipline intérieure qui transforme le regard et l’expérience de vie
Dans un précédent article, nous évoquions l’importance des pensées et des mots dans la manière dont nous vivons notre quotidien. Aujourd’hui, j’aimerais partager une pratique complémentaire, simple en apparence, mais profondément transformatrice : apprendre à remercier ce qui est déjà là.
Soyons honnêtes : lorsque l’on traverse une période difficile, remercier n’a rien d’évident. Lorsque la situation professionnelle est pesante, que les préoccupations financières s’accumulent ou que le parcours affectif laisse des traces, l’exercice peut même sembler absurde, voire irritant.
Et pourtant, c’est précisément dans ces moments que cette pratique prend tout son sens.
Remercier quand tout ne va pas… vraiment ?
Au départ, remercier ne m’était pas naturel. Ma vie ne correspondait pas à ce que j’espérais, et chercher des raisons de gratitude relevait presque de la provocation intérieure. J’ai donc choisi de ne pas remercier la situation elle-même, mais ce qu’elle m’avait permis de comprendre.
En revisitant certains événements passés, j’ai réalisé que même des expériences difficiles portaient en elles des enseignements. Des rencontres, des situations inattendues, parfois simples en apparence, avaient joué un rôle clé dans mon évolution.
Peu à peu, une évidence s’est imposée : beaucoup de ces expériences faisaient écho à mes peurs, à mes croyances et à mes schémas de pensée. À partir de là, la notion de hasard a commencé à perdre de son importance.
Changer de regard change l’expérience
Comprendre que les événements prennent sens lorsque l’on modifie son regard ouvre de nouvelles perspectives. En m’exerçant à remercier chaque jour, même de façon imparfaite, mon attention s’est progressivement déplacée.
L’esprit commence alors à percevoir ce qui passait jusque-là inaperçu :
les petits cadeaux du quotidien, les instants simples, les synchronicités discrètes.
Exemples de gratitude au quotidien
La gratitude ne demande rien d’extraordinaire. Elle se nourrit de l’ordinaire :
-
respirer librement
-
un sourire échangé
-
un moment de partage sincère
-
un repas paisible
-
la chaleur d’un foyer
-
la présence d’une personne de confiance
-
une bonne santé relative
-
arriver à destination sans encombre
-
une rencontre brève mais porteuse de sens
Une journée peut contenir une multitude de raisons de remercier, lorsque l’attention se pose différemment.
Le mental, obstacle ou allié
Lorsque le mental reste focalisé sur les inquiétudes, il devient difficile de percevoir ces instants. Il alimente alors l’impression de malchance, de blocage ou d’injustice permanente.
À l’inverse, en apprenant à observer sans se laisser entraîner par le flot des préoccupations, l’expérience de la vie s’allège.
Le regard des enfants, une leçon silencieuse
Les enfants possèdent naturellement cette capacité à s’émerveiller. Leur regard posé sur le monde rappelle l’importance de l’instant présent.
Ils nous montrent, sans discours, qu’il est possible de percevoir la beauté dans ce qui est simple. Les observer peut nous aider à renouer avec cette part de nous-mêmes souvent mise de côté.
Remercier ne nie pas les difficultés
Pratiquer la gratitude ne signifie pas nier les blessures, les injustices ou les difficultés. Il ne s’agit pas de se forcer à aller bien.
Remercier consiste plutôt à reconnaître que, même au cœur de situations complexes, il existe toujours un espace de choix intérieur : se figer dans le ressentiment ou s’ouvrir progressivement à une autre manière de vivre l’expérience.
Pourquoi la gratitude agit-elle profondément ?
À chaque instant, nous orientons notre attention. Se plaindre ou remercier sont deux directions intérieures différentes, qui n’ont pas les mêmes effets.
La gratitude apaise, recentre et crée une disponibilité intérieure. Elle permet de renouer avec une forme de confiance et d’ouverture, sans attente précise, mais avec une présence plus consciente.
Une transformation progressive
Remercier ne transforme pas la vie du jour au lendemain. C’est une pratique qui s’installe progressivement. Elle modifie le rapport à soi, aux autres et au monde.
Avec le temps, elle fait tomber certains préjugés, ouvre de nouvelles possibilités et redonne accès à des ressources intérieures souvent oubliées.
En conclusion
La gratitude n’est ni une obligation ni une solution magique. C’est une discipline intérieure douce, accessible à chacun, qui invite à vivre avec plus de présence et de clarté.
Même imparfaite, elle trace un chemin différent.
Merci d’avoir pris le temps de lire ces lignes.
Jan